Pensées métaphysiques/Deuxième partie/chapitre VIII

De Spinoza et Nous.
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Version actuelle en date du 7 janvier 2017 à 15:03


Pensées métaphysiques


Baruch Spinoza


Deuxième partie, chapitre VIII :
De la volonté de Dieu




Sommaire

Nous ne savons pas comment se distinguent l'essence de Dieu et l'entendement par quoi il se connaît, et la volonté, par quoi il s'aime.

La Volonté de Dieu par quoi il se veut aimer lui-même suit nécessairement de son entendement infini, par quoi il se connaît. Mais comment ces trois choses, l'essence, l'entendement, par quoi il se connaît, la volonté, par quoi il se veut aimer lui-même, se distinguent entre elles, c'est ce que nous mettons au nombre des connaissances qui nous manquent. Nous n'ignorons pas le mot (celui de personnalité) qu'emploient à l'occasion les philosophes, pour expliquer la chose ; mais si nous connaissons le mot nous en ignorons la signification et nous n'en pouvons former aucun concept clair et distinct ; bien que nous puissions croire avec constance que dans cette vision bienheureuse de lui-même promise aux fidèles, Dieu le révélera aux siens.


La Volonté et la Puissance de Dieu, quant à leur action extérieure, ne se distinguent pas de son entendement.

La Volonté et la Puissance, quant à leur action extérieure, ne se distinguent pas de l'entendement de Dieu, comme il est assez certain par ce qui précède ; car nous avons montré que Dieu a décrété non seulement que les choses devaient être mais aussi qu'elles devaient être de telle nature, c'est-à-dire que leur essence et leur existence ont dû dépendre de la volonté et de la puissance de Dieu ; par où nous percevons clairement et distinctement que l'entendement de Dieu, sa puissance et sa volonté, par quoi il a créé, a connu et conserve ou aime les choses, ne se distinguent en aucune façon l'un de l'autre, sinon relativement à notre pensée.


On dit improprement que Dieu a certaines choses en haine, aime certaines choses.

Quand nous disons que Dieu a certaines choses en haine, aime certaines choses, cela est dit dans le même sens où il y a dans l’Écriture que la terre vomira les hommes et autres choses de ce genre. Que d’ailleurs Dieu n’ait de colère contre personne, et n’aime aucune chose de la façon que se persuade le vulgaire, cela ressort assez de l’Écriture ; Isaïe le dit en effet et plus clairement l’Apôtre dans l’Épître aux Romains (chap. IX) : Avant qu’ils (les enfants d’Isaac) fussent nés et qu’ils eussent fait ni bien ni mal, afin que le dessein arrêté selon l’élection de Dieu demeurât, non point par les œuvres, mais par celui qui appelle, il lui fut dit que le plus grand serait asservi au moindre, etc., et un peu plus loin : Il a donc compassion de celui qu’il veut et il endurcit celui qu’il veut. Or tu me diras : Pourquoi se plaint-il encore ? Car qui est celui qui peut résister à sa volonté ? Mais en vérité, ô homme, qui es-tu, toi qui contestes contre Dieu ? La chose formée dira-t-elle à celui qui l’a formée : Pourquoi m’as-tu ainsi faite? Le potier n’ a-t-il pas la puissance de faire d’une même masse de terre un vaisseau à honneur et un autre à déshonneur ? etc.

Pourquoi Dieu avertit les hommes ; pourquoi il ne les sauve pas sans avertissement et pourquoi les impies sont punis.

Si l’on demande maintenant pourquoi Dieu avertit les hommes ? il sera facile de répondre que Dieu a ainsi décrété de toute éternité d’avertir les hommes à tel moment afin que soient convertis ceux qu’il a voulu qui soient sauvés. Si l’on demande encore : Dieu ne pouvait-il pas les sauver sans avertissement ? Nous répondons : Il l’aurait pu. Pourquoi donc ne les sauve-t-il pas ? insistera-t-on peut-être alors. À cela je répondrai quand on m’aura dit pourquoi Dieu n’a pas rendu la mer Rouge franchissable sans un fort vent d’est et pourquoi il n’accomplit pas chaque mouvement pris à part sans les autres, et une infinité d’autres choses semblables que Dieu produit par le moyen de causes. On demandera de nouveau : Pourquoi donc les impies sont-ils punis ? car ils agissent par leur nature et selon le décret divin. Je réponds que c’est aussi par décret divin qu’ils sont punis et si ceux-là seuls que nous imaginons pécher en vertu de leur propre liberté doivent être punis, pourquoi les hommes s’efforcent-ils d’exterminer les serpents venimeux ? car ils pèchent en vertu de leur nature propre et ne peuvent faire autrement.


L’Écriture n’enseigne rien qui répugne à la Lumière Naturelle.

Enfin s’il se rencontre d’autres choses dans l’Écriture Sainte qui font pénétrer le doute en nous, ce n’est pas ici le lieu de les expliquer ; car nous cherchons ici celles seulement que nous pouvons atteindre de la façon la plus certaine par la Raison naturelle, et il nous suffit de les déterminer avec évidence pour savoir que l’Écriture Sainte doit enseigner les mêmes ; car la vérité ne contredit pas à la vérité, et l’Écriture ne peut enseigner des niaiseries comme celle qu’on imagine communément. Car si nous trouvions en elle quelque chose qui fût contraire à la Lumière Naturelle nous pourrions la réfuter avec la même liberté que l’Alcoran et le Talmud. Mais loin de nous la pensée qu’il se puisse trouver dans les Livres Saints quelque chose qui répugne à la Lumière de la Nature.




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