Pensées métaphysiques/Deuxième partie/chapitre IX

De Spinoza et Nous.
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Version actuelle en date du 7 janvier 2017 à 04:41


Pensées métaphysiques


Baruch Spinoza


Deuxième partie, chapitre IX :
De la puissance de Dieu




Sommaire

Comment il faut entendre l’Omnipotence de Dieu.

Il a été suffisamment démontré déjà que Dieu est omnipotent. Nous nous efforcerons seulement ici d’expliquer comment cet attribut doit être entendu ; car beaucoup en parlent sans assez de piété et d’une façon qui n’est pas conforme à la vérité. Ils disent en effet que certaines choses sont possibles de leur nature et non par le décret de Dieu ; que certaines sont impossibles ; certaines, enfin, nécessaires et que l’omnipotence de Dieu n’a trait qu’aux possibles. Pour nous qui avons démontré déjà que toutes choses dépendent absolument du décret de Dieu nous disons que Dieu est omnipotent ; mais, quand nous avons aperçu qu’il a décrété certaines choses par la seule liberté de sa volonté, et en second lieu qu’il est immuable, nous disons alors que rien ne peut agir contrairement à ses décrets et que cela est impossible par cela seul que cela répugne à la perfection de Dieu.

Toutes choses sont nécessaires en vertu du décret de Dieu ; et non quelques-unes en soi, quelques-unes en vertu des décrets.

Quelqu’un objectera peut-être que nous trouvons certaines choses nécessaires, seulement quand nous avons égard au décret de Dieu, d’autres sans que nous y ayons égard. Soit cet exemple : que Josias brûlât les ossements des idolâtres sur l’autel de Jéroboam ; si nous avons égard seulement à la volonté de Josias, nous jugerons la chose comme étant possible, nous ne dirons pas du tout qu’elle doive être nécessairement ; si ce n’est parce que le Prophète l’avait prédite selon le décret de Dieu. Mais que les trois angles d’un triangle doivent être égaux à deux droits, la chose même l’indique. Ceux qui tiennent pareil langage forgent assurément par ignorance des distinctions dans les choses. Car si les hommes connaissaient clairement tout l’ordre de la Nature, ils trouveraient toutes choses aussi nécessaires que toutes celles dont il est traité dans la Mathématique ; mais, cela étant au-dessus de la connaissance humaine, certaines choses donc sont jugées par nous possibles, et non nécessaires. Par suite ou bien il faut dire que Dieu ne peut rien parce que toutes choses sont réellement nécessaires ; ou bien Dieu peut tout et la nécessité que nous trouvons dans les choses provient du seul décret de Dieu.


Que si Dieu avait fait autrement la Nature des choses il aurait dû aussi nous donner un autre entendement.

Si l’on demande maintenant : Eh quoi ! si Dieu avait décrété autrement et s’il avait fait que les choses qui sont vraies actuellement fussent fausses, ne les reconnaîtrions-nous pas cependant pour très vraies ? Assurément, si Dieu nous avait laissé la nature qu’il nous a donnée ; mais si, comme il l’a fait, il avait voulu nous donner une nature telle que nous pussions connaître la nature des choses et leurs lois telles qu’elles sont établies par Dieu, cela eût été aussi en son pouvoir ; et même, si nous avons égard à sa véracité, il aurait dû le faire. Cela est encore évident par ce que nous avons dit plus haut, à savoir que toute la Nature naturée n’est qu’un seul être ; d’où suit que l’homme est une partie de la Nature qui doit être cohérente avec le reste ; et donc il suivrait déjà de la simplicité du décret de Dieu que si Dieu avait créé les choses d’autre façon, il aurait constitué notre nature de telle sorte que nous connussions les choses selon qu’elles ont été créées par Dieu. C’est pourquoi, bien que nous désirions garder la distinction relative à la puissance de Dieu communément enseignée par les philosophes, nous sommes cependant obligés de l’expliquer autrement.


De combien de sortes est la Puissance de Dieu.

Nous divisons donc la puissance de Dieu en ordonnée et absolue. Nous disons que la puissance de Dieu est absolue quand nous considérons son omnipotence sans avoir égard à ses décrets ; ordonnée quand nous avons égard à ses décrets.

Il existe, en outre, une puissance ordinaire et une extraordinaire de Dieu. Ordinaire est celle par où il conserve le monde dans un ordre déterminé ; extraordinaire, celle dont il use, quand il fait quelque chose en dehors de l’ordre de la Nature, comme par exemple tous les miracles, tels que la parole donnée à l’ânesse, l’apparition des anges et autres semblables. Bien qu’on puisse à très bon droit douter de cette dernière, car le miracle paraîtrait plus grand si Dieu gouvernait le monde suivant un seul et même ordre déterminé et immuable, que s’il abrogeait, à cause de la déraison des hommes, les lois qu’il a lui-même établies dans la Nature excellemment et par sa seule liberté (ce qui ne peut être nié par personne sinon par un être totalement aveuglé). Mais nous laissons aux Théologiens le soin d’en décider.

Nous omettons enfin les autres questions qu’on a coutume de poser à ce sujet de la puissance de Dieu, à savoir : si la puissance de Dieu s’étend au passé, s’il peut faire les choses meilleures qu’il ne les fait ; s’il peut faire beaucoup plus de choses qu’il n’en a fait. On y répondra très facilement en effet à l’aide de ce qui précède.




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