Pensées métaphysiques/Deuxième partie/chapitre V

De Spinoza et Nous.
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Version actuelle en date du 7 janvier 2017 à 03:38


Pensées métaphysiques


Baruch Spinoza


Deuxième partie, chapitre V :
De la simplicité de Dieu




Sommaire

Il y a trois sortes de distinctions entre les choses : la Réelle, la Modale, la distinction de Raison.

Passons à la simplicité de Dieu. Pour bien entendre cet attribut, il faut se rappeler ce que Descartes a indiqué dans les Principes de Philosophie (Partie I, articles 48 et 49) ; à savoir qu’il n’y a rien dans la nature des choses en dehors des substances et de leurs modes d’où est déduite cette triple distinction (articles 60, 61 et 62), savoir la Réelle, la Modale et la distinction de Raison. On dit qu’il y a distinction Réelle entre deux substances, qu’elles soient d’attribut différent ou qu’elles aient même attribut, comme par exemple la pensée et l’étendue ou les parties de la matière. Et cette distinction se reconnaît à ce que chacune d’elles peut être conçue et par conséquent exister sans le secours de l’autre. Pour la distinction Modale Descartes montre qu’elle est double : d’une part, celle qui existe entre un mode d’une substance et la substance elle-même ; d’autre part, celle qui existe entre deux modes d’une seule et même substance. Et nous reconnaissons cette dernière à ce que, pouvant être conçus sans le secours l’un de l’autre, les deux modes ne peuvent être conçus sans le secours de la substance dont ils sont des modes. Quant à la première sorte de distinction modale on la reconnaît à ce que, la substance pouvant être conçue sans son mode, le mode ne peut l’être sans la substance. Une distinction de Raison enfin existe entre une substance et son attribut comme quand la durée est distinguée de l’étendue. Et cette distinction se connaît à ce que telle substance ne peut être conçue sans tel attribut.

D’où provient toute combinaison et combien il y a de sortes de combinaison.

De ces trois sortes de distinction provient toute combinaison. La première combinaison est celle de deux ou plusieurs substances de même attribut, comme toute combinaison réunissant deux ou plusieurs corps, ou d’attribut différent, comme l’homme. La deuxième combinaison se forme par l’union de divers modes. La troisième enfin ne se forme pas, mais est seulement conçue par la Raison comme se formant pour faire mieux entendre une chose. Les choses qui ne sont point composées de l’une des deux premières façons doivent être dites simples.


Dieu est un être parfaitement simple.

Il faut donc montrer que Dieu n’est pas quelque chose de composé ; d’où nous pourrons facilement conclure qu’il est un être parfaitement simple ; et cela sera facile à faire. Comme il est clair de soi en effet que les parties composantes sont antérieures au moins par nature à la chose composée, les substances par l’assemblage et l’union desquelles Dieu est composé seront par nature antérieures à Dieu lui-même et chacune pourra être conçue en elle-même, sans être attribuée à Dieu. Ensuite, comme ces substances doivent se distinguer réellement les unes des autres, chacune d’elles devra nécessairement aussi pouvoir exister par elle-même et sans le secours des autres ; et ainsi, comme nous venons de le dire, il pourrait y avoir autant de Dieux qu’il y a de substances desquelles on suppose Dieu composé. Car chacune, pouvant exister par elle-même, devra exister d’elle-même et, par suite, aura aussi la force de se donner toutes les perfections que nous avons montré qui sont en Dieu, etc. ; comme nous l’avons déjà expliqué amplement dans la Proposition 7, partie I, où nous avons démontré l’existence de Dieu. Comme il ne se peut rien dire de plus absurde, nous concluons que Dieu n’est pas composé d’un assemblage et d’une union de substances. Qu’il n’y ait pas en Dieu de combinaison de divers modes, cela s’impose par cela seul qu’il n’y a pas en Dieu de modes : car les modes naissent d’une altération de la substance (voir Principes, partie I, Art. 56). Enfin, si l’on veut forger une autre combinaison formée de l’essence des choses et de leur existence, nous n’y contredisons nullement. Mais que l’on se rappelle que, nous l’avons suffisamment démontré, ces deux choses ne se distinguent pas en Dieu.


Les attributs de Dieu n’ont entre eux qu’une distinction de Raison.

Et de là nous pouvons conclure que toutes les distinctions que nous faisons entre les attributs de Dieu ne sont que de Raison et qu’ils ne se distinguent pas réellement entre eux. Entendez des distinctions de Raison comme celles que j’ai citées un peu plus haut et qui se reconnaissent à ce que telle substance ne peut être sans tel attribut. D’où nous concluons que Dieu est un être parfaitement simple. Nous n’avons cure d’ailleurs du fatras des distinctions des Péripatéticiens ; passons donc à la vie de Dieu.



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