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Benedictus Ludovicusque

 
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PhiPhilo
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MessagePosté le: 26/06/2008 19:08    Sujet du message: Benedictus Ludovicusque Répondre en citant

Bonjour.

Ayant commencé par être spinozien avant de devenir wittgensteinien et avant, finalement, d'entamer une synthèse de Baruch et de Ludwig, et étant fortement impressionné par la densité de ce site, j'espère être digne en quelque façon de son caractère exceptionnellement philosophique.

A bientôt.
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MessagePosté le: 27/06/2008 08:25    Sujet du message: Répondre en citant

Peux-tu m'informer des grandes lignes de la pensée de Wittgenstein?

Merci.
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PhiPhilo
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MessagePosté le: 27/06/2008 16:50    Sujet du message: Répondre en citant

Pour les très très grandes lignes alors, on peut dire que la conception wittgensteinienne de la philosophie se trouve sans doute condensée dans l’une des Remarques Mêlées (36) qui souligne "l’étrange ressemblance d’une recherche philosophique avec une recherche esthétique", au sens où l’activité philosophique consiste à faire des rapprochements (des analogies) entre un phénomène connu et un autre moins connu dont on désire faire ressortir un aspect, en n’oubliant jamais qu’il s’a­git là d’une interprétation et non d’une vérité métaphysique, éternelle et immuable. On peut donc dire que si les problèmes éthiques, religieux et esthétiques ont été chez Wittgenstein une préoccupation constante de sa philosophie, il les a néanmoins abordés de manière très originale dans la mesure où il a toujours été extrême­ment méfiant et critique à l’égard de la métaphysique traditionnelle à laquelle il a substitué l'analyse critique de nos formes de langage. Cela dit, s'agissant justement du statut que Wittgenstein accorde au langage, les commentateurs ont pris l'habitude de scinder (un peu artificiellement, il faut bien le dire) la philosophie de Wittgenstein en deux périodes :
- la période 1914-1920, dite période du Tractatus Logico-Philosophicus, au cours de laquelle Wittgenstein fait une distinc­tion entre d’une part ce qui peut être dit car doué de sens (sinnvoll, en l’occurrence, ce qui est une représentation logique de la réa­lité du monde, et qui, une fois débarrassé des maladresses de langage, conduit à la connaissance scientifique des faits), d’autre part ce qui ne peut être que montré faute d’être doué de sens (unisinnig ou sinnlos c’est-à-dire ce sur quoi le langage n’a rien à expli­quer faute de correspondance avec une réalité extérieure, à savoir tous les problèmes éthiques, moraux, religieux, politiques, philosophiques, etc. qui assaillent les être humains), étant entendu que, paradoxalement, c'est dans le non-sens que se trouve ce qui est véritablement humain : "à supposer que toutes les questions théoriques possibles soient ré­solues, les problèmes de notre vie demeurent en­core intacts" (Wittgenstein, Tractatus Logico-Philosophicus, 6.53)
- la période 1930-1950, dite période des Recherches Philosophiques, au cours de laquelle, sous l’effet de la perte de crédit généralisée de la raison et de la science suite aux deux guerres mondiales, et sans doute aussi sous l’influence de son expérience personnelle d’instituteur, Wittgenstein ne considère plus la logique et à la science comme seules sources de discours doué de sens ; pour lui, désormais, toutes les activités humaines sont des jeux de langage, c’est-à-dire des activités matérielles coutumières que les hommes pratiquent tout en parlant d’une certaine manière, tout en ap­pliquant certaines règles souvent implicites, et tout en poursuivant certains enjeux rituels qui ne sont pas des objectifs déli­bérés et conscients ; désormais, toutes les activités humaines sont donc mises sur le même plan et tout jeu de langage est doué de sens par le simple fait qu'il correspond à un usage : "la signification d’un mot, c’est son usage" (Wittgenstein, Recherches Philosophiques, §43).

Si vous voulez en savoir plus, je vous propose ce lien qui pointe vers un article un peu détaillé que j'ai écrit il y a quelques années et qui est un passage retravaillé de ma thèse sur Wittgenstein.

Et si vous souhaitez en savoir encore plus, eh bien parlons-en simplement sur ce forum.

A bientôt.
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MessagePosté le: 28/06/2008 01:43    Sujet du message: Répondre en citant

Merci de votre réponse. Car il est vrai que Wittgenstein n'est pas le philosophe le plus enseigné sur les bancs de nos écoles.

Pour ma part, ma philosophie est la suivante:

1) Il n'y a que des interprétations du réel.
2) Ces interprétations sont le produit des intéractions entre des individus (ou processus physico-chimiques) et les environnements physico-chimiques dans lesquels ils évoluent.
3) Les individus ayant une composition et organisation physico-chimiques ainsi que des intéractions avec leurs environnements assez proches, les interprétations qu'ils font du réel sont en général assez similaires.
4) En cas de divergences des interprétations, c'est uniquement au travers d'un rapport de force qu' une interprétation s'imposera comme norme dans une société d'individus. Ce rapport de force peut prendre différentes formes selon l'organisation d'une société.

Respectueuses salutations
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Louisa
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MessagePosté le: 28/06/2008 01:58    Sujet du message: Répondre en citant

Phiphilo a écrit:

Ayant commencé par être spinozien avant de devenir wittgensteinien et avant, finalement, d'entamer une synthèse de Baruch et de Ludwig, et étant fortement impressionné par la densité de ce site, j'espère être digne en quelque façon de son caractère exceptionnellement philosophique.


Bonjour Phiphilo,

bienvenue sur ce forum!

On sait que pour Deleuze, Spinoza était le "prince des philosophes", tandis qu'il considérait Wittgenstein comme un véritable "assassin de la philosophie".

Sans vouloir faire des sympathies et antipathies deleuziennes des mots d'ordre, en ce qui me concerne je ne vois effectivement pas très bien comment concilier le Tractatus Logico-Philosophicus avec L'Ethique, par exemple. Cependant, l'impression de Deleuze semble avant tout porter sur leur conception même de ce que c'est que la philosophie, plutôt que sur le contenu précis de leurs pensées (même si sans doute distinguer l'un de l'autre n'est qu'opérer une "distinction de raison"). Et en effet, je ne sais plus où je l'ai lu (tu pourrais donc me corriger si je me trompe), mais pour Wittgenstein la philosophie semble être là pour "résoudre" (c'est-à-dire évacuer) des problèmes, ceux-ci nous empêchant de vivre tranquillement et agréablement, sans trop de soucis. Cela implique notamment que les problèmes philosophiques sont déjà là avant que le philosophe s'en saisisse, tandis que l'idéal wittgensteinien consisterait à enfin pouvoir arrêter de philosopher. Chez Spinoza, en revanche, on dirait que la philosophie n'est rien d'autre que comprendre toujours davantage de choses, d'inventer pour ce faire un moyen pour produire activement toujours davantage d'idées adéquates. Philosopher, c'est alors moins guérir des maux qui nous tombent sur la tête que s'unir toujours plus avec la Nature, en produisant toujours plus d'idées adéquates, ce processus sans fin d'union étant précisément ce qui est censé nous rendre de plus en plus heureux.

Ou pour le dire autrement (plus caricaturalement encore), là où Spinoza semble avoir trouvé un moyen pour enchaîner nos idées "selon le bon ordre" et est convaincu d'avoir trouvé et le Bien Suprême, et la façon dont il va pouvoir le communiquer, Wittgenstein (II) en reste dans les Philosophische Untersuchungen à un "Album", où l'une ou l'autre "Bild der Landschaft" manque cruellement, selon ses propres dires, et cela parce que même si son désir était de lier le tout "in einer natürlichen und lückenlosen Folge", la nature même de la chose qu'il investiguait était telle que dresser une idée d'ensemble, nous montrer un véritable paysage (avec son horizon infini, comme c'est le cas chez Spinoza), nous est impossible. On est loin du "rationalisme absolu" de Spinoza, on dirait, où rien n'est inconnaissable par nature, et où l'homme peut réellement accéder au savoir nécessaire pour obtenir la Béatitude, la philosophie ayant pour tâche de nous montrer le chemin, et cela en commençant par une idée adéquate de l'essence même de la Nature et en nous donnant une méthode pour enchaîner nos idées selon le bon ordre.

Sinon il est vrai que pour Spinoza déjà, le sens d'un mot se résume à l'ensemble des circonstances dans lesquelles on l'a "rencontré", et donc, pourrait-on dire avec Wittgenstein, à son usage (les mots n'étant que des images, chez Spinoza, c'est-à-dire des affections du corps, E2P18 sc). Mais pour toi les deux théories langage ont peut-être beaucoup plus en commun l'une avec l'autre?

En tout cas, ayant plus fréquenté Spinoza que Wittgenstein (par simple manque de temps), ce que je viens de dire ici de Wittgenstein a toutes chances d'être peu correcte du point de vue de quelqu'un qui l'a étudié de près. Il vaut donc sans doute mieux que je commence par lire l'article dont tu nous as donné le lien. Si en attendant tu avais envie de davantage préciser ton point de vue à ce sujet, je m'y réjouis déjà!
A bientôt,
L.

PS: nous avons plutôt l'habitude de se tutoyer sur ce forum (exception faite de Hokousai), mais n'hésite(z) pas à le signaler si tu/vous préfére(z) le vouvoiement.
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PhiPhilo
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MessagePosté le: 28/06/2008 16:31    Sujet du message: Répondre en citant

A Louisa.

Merci pour vos chaleureuses paroles d'accueil.

L'idée d'opérer une synthèse entre Spinoza et Wittgenstein est sans doute audacieuse. Surtout si on se souvient de ce que dit Deleuze de Wittgenstein (et des wittgensteiniens) dans son Abécédaire ! Mais après tout il n'y a de synthèse envisageable qu'entre des contraires, n'est-ce pas ? Aussi je ne puis qu'être d'accord avec tout ce que vous dites concernant ce qui oppose les deux philosophes. Reste à savoir, et c'est bien cela le défi, si ce qui les rapproche n'est pas plus profond que ce qui les oppose. Tiens, juste un exemple en passant pour vous en donner un aperçu intuitif (je ne développe pas ici, je le ferai prochainement dans un fil de discussion approprié) :
Citation:
La mort n’est pas un évènement de la vie. On ne vit pas la mort. Si l’on entend par éternité non l’immortalité mais l’intemporalité, alors il a la vie éternelle celui qui vit dans le pré­sent. Notre vie n’a pas de fin comme notre champ de vision n’a pas de frontière. (Wittgenstein, Tractatus Logico-Philosophicus, 6.4311)


A bientôt.

P.S. : pardonnez-moi, mais j'avoue un petit faible pour le vouvoiement ...
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