Messagepar Henrique » 03 févr. 2013, 00:32
Bonjour !
Il y a de l'intelligence dans votre incompréhension !
En effet, il n'y a qu'une seule substance et c'est Dieu.
Ce n'est qu'à la prop. 14 que Spinoza va clairement l'affirmer. Auparavant, il envisage l'hypothèse d'une pluralité de substance comme une concession à la tradition aristotélicienne et scolastique qui admet une telle pluralité.
Pour Aristote (en gros) une substance est ce qui n'est pas en autre chose, contrairement par exemple à la blancheur qui est dans le lait ou le mouton (jeune) et n'a aucune existence réelle en dehors de ces êtres. La blancheur serait un attribut du mouton tandis que la saleté sur sa laine est un accident. Mais l'attribut comme l'accident sont en autre chose. Pour Aristote, un mouton individuel est une substance, il n'est pas lui-même accident ou attribut d'autre chose. C'est pourquoi on ne s'étonnera pas que Spinoza envisage la possibilité qu'il existe une pluralité de substance.
Mais comme vous l'avez bien vu, la prop. 5 qui dit qu'il ne peut y avoir de substance ayant même attribut (comme on pouvait penser que la blancheur appartient à Jacques, le mouton aussi bien qu'à ce verre de lait), amorce le fait qu'il n'y aura qu'une seule substance dans la nature, c'est-à-dire Dieu ou encore la nature naturante, elle-même inséparable de la nature naturée (l'infinité des modes).
Quant au terme de substance pour désigner Dieu, il est employé en toute logique dès la sixième définition de l'Ethique : la substance étant ce qui est en soi et se conçoit par soi, par opposition aux modes, qui sont conçus à partir de la substance, il est évident que l'étant absolument infini ne peut être mode mais doit être substance. Les attributs ne sont rien d'autre que la substance elle-même conçue dans ce qu'elle a d'essentiel par un entendement.
En espérant avoir éclairé votre lanterne...